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ACTUALITÉS ALSACE

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peintures sur bois et soie, Catherine et Jean-François 2003

BRANCHEMENTS Anthropologie de l'universalité des cultures   LANGUE RÉGIONALE Le bilinguisme en panne   Lettre d'une maman   Fer unseri Sproch  NEWMémoires d'un incorporé de force alsacien  LA BARQUE DANS LE VIEUX RHIN et http://www.sdv.fr/judaisme/perso/vigee/

NEW  Bilinguisme et coopération transfrontalière, Projet de l'Académie de Strasbourg 2003-2007; venez donner votre avis sur:  le forum  voir aussi:  Das Elsässisch lebt auf, weil es stirbt

BRANCHEMENTS Anthropologie de l'universalité des cultures  (Jean-loup Amselle) Flammarion

Le cadre judéo-chrétien 

" Toute la terre avait une seule langue et les mêmes mots. Comme ils étaient partis de l'Orient, ils trouvèrent une plaine au pays de Shinear, et ils y habitèrent. Ils se dirent l'un l'autre : Allons ! faisons des briques, et cuisons-les au feu. Et la brique leur servit de pierre, et le bitume leur servit de ciment. Ils dirent encore : Allons ! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur le feu de toute la terre. L'Étemel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. Et l'Éternel dit : Voici, ils forment un seul peuple et ont tous une même langue, et c'est là ce qu'ils ont entrepris ; maintenant rien ne les empêcherait de faire tout ce qu'ils auraient projeté. Allons ! descendons, et là confondons leur langage, afin qu'ils n'entendent plus la langue les uns des autres. Et l'Éternel les dispersa loin de là sur la face de toute la terre ; et ils cessèrent de bâtir la ville. C'est pourquoi on l'appela du nom de Babel, car c'est là que l'Éternel confondit le langage de toute la terre, et c'est de là que l'Éternel les dispersa sur la face de toute la terre. " C'est évidemment autour de Babel, figure majeure de l'interprétation des rapports entre universalisme et particularisme, que tourne une bonne partie de la réflexion contemporaine sur la globalisation . Dieu, l'universel abstrait, punit les hommes d'avoir voulu bâtir une tour s'élevant jusqu'au ciel et d'avoir voulu parler une seule et même langue. Par la confusion des langues, il enferme les hommes dans leur particularisme linguistique, leur universel concret, et en les empêchant de communiquer s'arroge le monopole du savoir et du pouvoir absolus. Mais loin de voir dans la confusion des langues un acte divin destiné à punir les hommes de leurs prétentions universalistes, l'on peut, à l'inverse, en suivant saint Augustin, interpréter la dispersion des nations, dans une perspective multiculturaliste, comme une dissémination libératrice permettant d'échapper au despotisme de l'Un . De la sorte, si saint Paul est bien le fondateur de l'universalisme, comme le prétend Alain Badiou, en ce qu'il entend élever le message de Jésus au-dessus du savoir grec et de la loi juive, il est également, de même que les autres apôtres, l'artisan du particularisme, dans la mesure ou, renonçant à utiliser le grec, il s'exprime dans la langue de chaque ethnos . Babel et la Pentecôte, en tant que figures symétriques de la confusion des langues et de la descente du Saint-esprit sur les apôtres, permettent ainsi à la traduction d'apparaître comme la particularisation du signifiant universel. Le prophète ou le messie, dans cette perspective, se définit à la fois comme le traducteur du message divin dans la langue de son peuple et comme celui qui permettrait au particulier d'accéder à l'universel. C'est dans cette complémentarité, et non dans une opposition fictive entre l'universel divin ou linguistique d'une part et le relativisme ethnique d'autre part, qu'il faut à notre sens envisager les questions identitaires, que celles-ci ressortissent au domaine africain ou à l'aire européenne. En témoigne, au XIe siècle, l'entreprise de Cyrille et Méthode, qui inventent un alphabet et qui, en s'inspirant du modèle de la Pentecôte, traduisent la Bible du grec en slave, jetant ainsi les bases du nationalisme russe. En témoigne également la traduction de la Bible en allemand par Luther, qui pose les fondements de la nation allemande et préfigure ainsi toute une lignée de penseurs qui s'attacheront à défendre et à illustrer la langue allemande par opposition notamment à la langue française. De ce point de vue, peut être n'est-ce pas un hasard si Leibniz est tout à la fois le théoricien de la monade et celui de la nation, et sans doute est-il possible de voir dans la nation une illustration de la monade . De même la notion de génie national ( Volksgeist) telle qu'elle a été conçue par Herder et dont on connaît l'importance pour la généalogie du concept d'ethnie ne pouvait-elle apparaître que dans un pays qui se pensait comme dominé. En ce sens le messianisme linguistique ou le prophétisme scripturaire ne serait que la réaction à une situation d'oppression s'exerçant dans le domaine économique, politique et culturel, et c'est en cela que l'hégémonie que la France exerçait sur l'Europe au XVIIIe siècle peut être comparée mutatis mutandis à la domination coloniale des puissances européennes en Afrique. De même la crispation sur l'identité française et la défense forcenée de la langue qui en résulte (francophonie) peut-elle apparaître comme la réaction d'une élite politico-lettrée face à l'hégémonie américaine, c'est-à-dire face à une situation de globalisation qui voit l'anglais ou plus exactement l'américain prendre la place de l'ancien idiome dominant ravalé au rang de langue régionale ".

LANGUE RÉGIONALE Le bilinguisme en panne   in l'ALSACE du 12/06/2003

Le Comité pour la langue régionale d'Alsace tire le signal d'alarme : le nombre de postes de professeurs des écoles en langue régionale recule en 2003. Henri Goetschy et Monique Matter, responsables du Comité fédéral des associations pour la langue et la culture régionales d'Alsace, crient au " sabotage " du bilinguisme en Alsace, protestant contre le " non-respect par l'Éducation nationale de la convention du 18 octobre 2000 sur la politique régionale des langues vivantes en Alsace ". C'est le journal officiel du 6 mai, qui a mis le feu aux poudres : le texte annonçait en effet un recrutement limité cette année à 31 professeurs des écoles en langue régionale pour l'académie de Strasbourg. " En 2002, ce nombre s'élevait à 39, rappelle Henri Goetschy, vice-président du comité fédéral. Or, la convention d'octobre 2000 sur l'enseignement des langues en Alsace prévoyait que 50 enseignants devaient être formés annuellement pour l'enseignement bilingue français-allemand. "Moins d'un quart des objectifs atteints. Des promesses qui en sont restées au stade de vœux pieux, ce qui provoque la colère d'Henri Goetschy : " C'est un véritable déni de justice. Le recteur dit qu'il ne peut pas faire mieux, mais si cette convention n'est pas respectée, c'est que les élus n'ont pas fait leur devoir. " Le comité a donc adressé aux 22 parlementaires de la région et aux collectivités locales une lettre pour leur rappeler que " moins du quart des objectifs de la convention sont atteints, et ce à la moitié de son temps d'application ". Les solutions existent pourtant, selon le comité, mais celui-ci dénonce un certain immobilisme, voire une véritable obstruction : " En Alsace, les inspections académiques ont fait appel à de nombreux contractuels pour l'enseignement bilingue du premier degré. Grâce au concours interne spécial, ils pourraient passer titulaires sur les postes prévus. Mais ce concours n'a pas été organisé depuis deux ans dans l'académie de Strasbourg, en complète violation de la loi. " Face à ce qu'ils considèrent comme des " infractions ", les membres du comité ne souhaitent pas pour autant saisir la justice : " Nous avons demandé à être reçus au rectorat et à rencontrer les élus. Pour l'instant, nous ne faisons que lancer un appel et attendre la réponse ". Clément Tonnot

De graves menaces pèsent de nouveau sur l'enseignement de l'allemand et de l'alsacien dans les écoles élémentaires d'Alsace

Association des Elus du Haut-Rhin pour la promotion de la langue et de la culture alsaciennes  42, rue de la République 68040 INGERSHEIM tel 03 89 27 90 10 fax 03 89 27 90 19  

De graves menaces pèsent de nouveau sur l'enseignement de l'allemand et de l'alsacien dans les écoles élémentaires d'Alsace. Et ceci au moment même où le Président de la République rappelle avec force la convergence franco-allemande. En déchirant la convention 2000 / 2006 signée par le Ministre de l'Education Nationale avec la Région Alsace et les deux départements du Haut-Rhin et du Bas-Rhin, l'Etat renie à la fois sa parole et sa signature. Réunie en Assemblée Générale à Franken le 28 Novembre dernier, l'Association des Élus pour la Promotion de la Langue et de la Culture Alsaciennes demande instamment à Monsieur le Recteur d'Académie de Strasbourg de faire respecter dans l'esprit et à la lettre la convention 2000 / 2006 sur l'enseignement extensif de l'allemand à l'école. Cette convention de Politique Linguistique Régionale signée par le Ministre de l'Éducation Nationale, les Présidents du Conseil Régional et des Conseils Généraux du Haut- Rhin et du Bas-Rhin avait prévu de mettre en place en Alsace un dispositif d'enseignement précoce d'une langue vivante plus ambitieux que dans le reste du pays. Alors que le dispositif national prévoit d'instaurer une à deux heures par semaine de langue vivante à l'école, enseignement limité aux seules classes de CE 2, CM 1 et CM 2 d'ici à 2008, le programme alsacien prévoit d'instaurer d'ici à 2006 pour tous les élèves et dans toutes les classes un horaire unique de trois heures d'allemand par semaine, donc plus important et plus efficace, allant de la petite section de maternelle au CM 2. À la rentrée de 2003, le CE 1 aurait dû bénéficier en Alsace de cet enseignement mais les autorités académiques ont unilatéralement suspendu les termes de la Convention. Or, l'Académie de Strasbourg bénéficie pour cet enseignement d'un effort global considérable à la fois de la Région et des deux Départements de 19 208 577 € (soit 126 000 000 Francs). Avec ces moyens énormes, elle doit assurer cette progression précoce de l'enseignement de l'allemand dès la petite section de maternelle (enfant de 3 ans), tout en recrutant et en formant les personnels nécessaires. La convention prévoit également que tous les enfants ayant appris l'allemand dès la maternelle selon ce dispositif de trois heures par semaine pourront sans aucune sélection et selon le seul choix des familles apprendre l'anglais ou une autre langue vivante dès la 6éme et même dès le CM 1 (enfants de 9 ans). Il serait inadmissible que cette politique décidée par l'Etat pour laquelle la plus grande partie des soutiens financiers des collectivités locales ont déjà été versés et dépensés par l'Académie ne soit pas menée à sa fin. L'enseignement de l'allemand, première langue européenne, langue des premiers partenaires politiques et économiques de l'Alsace et de la France risque une fois de plus d'être démantelée à l'école primaire par les bureaux de l'Académie. Ceci au moment où le Land du Bade Wurtemberg rend obligatoire l'enseignement du français dès la première année de l'école élémentaire et où la Sarre a décidé de choisir le français comme deuxième langue officielle. L'Association des Élus pour la Promotion de la Langue et de la Culture Alsaciennes demande au Conseil Régional, aux deux Conseils Généraux et à leurs Présidents de faire respecter par tous les moyens de droit la signature de l'Etat.  

Association des Elus du Haut-Rhin pour la promotion de la langue et de la culture alsaciennes  42, rue de la République 68040 INGERSHEIM tel 03 89 27 90 10 fax 03 89 27 90 19  

Lettre d'une maman  15/05/2003

Je ne sais si une si petite lucarne pourra contenir un message aussi débordant d'émotion et de gratitude... C'est en cherchant la partition du "Hans im Schnockeloch" que je suis tombée dans votre site (comme Obélix dans sa marmite !)et j'y ai passé plus d'une heure fantastique - sans en épuiser toutes les ressources. Comment ne pas être captivée par ces sujets si divers - mais qui coïncident si exactement avec mon vécu personnel? En effet j'ai fondé ma famille au Cameroun, y ayant vécu 4 ans, et l'Afrique reste dans mon coeur comme une blessure ouverte, un deuxième pays, un rêve à jamais perdu... Après la Mission et l'oecuménisme, le bilinguisme est devenu une seconde bataille - nous faisons partie de cette poignée de fous qui s'est lancée dans l'aventure ABCM dans un contexte et une ville plus qu'hostiles... Pour le plus grand bonheur de nos enfants à qui nous avons offert une passerelle vers nos amis de Hollande, d'Allemagne - et du monde entier ! Votre site si riche est une invitation à la curiosité : j'ai papillonné entre PBVE et RGO! Un petit regret concernant cette étude : aucune mention à propos de l'allaitement... qui permettrait certainement, s'il était encouragé, de diminuer considérablement l'incidence du RGO. Si vous avez des futures mamans à convaincre... j'ai connu les plus beaux mois de ma vie de femme en allaitant mes trois enfants. Jamais je n'aurais réussi ... si j'avais été primipare en France. La pression familiale et sociale - associée à la méconnaissance des médecins-hommes et à la mauvaise volonté des maternités et du lobby des laits maternisés est tout simplement énorme ! J'en pleurerais de voir ces mères stressées par le timing et la composition du biberon, et ces bébés qu'on laisse pleurer dans le vide... Notre langue dans ce domaine est bien grossière, puisqu'elle ne considère que l'aspect fonctionnel (nourrir - allaiter = vache laitière ? ) d'un geste d'amour . Alors que le verbe "stillen" évoque aussi l'apaisement du petit être qui trouve chaleur et réconfort - en plus du lait - dans le sein de sa mère.

Nathalie H. (extraits du guest book, 15/05/2003)

Fer unseri Sproch  Christ in der Gegenwart Juni 2003 (transmis par Dr Martin WEBER, Mainz)

Das französische Statistik Institut veröffentlichte soeben eine Untersuchung, wonach nur noch 39 Prozent der EIsässer ihren Dialekt sprechen. Vor vierzig Jahren waren es mehr als achtzig Prozent. Der alemannische Dialekt ist neben dem Okzitanischen, dem südfranzösischen Dialekt, die wichtigste Regionalsprache Frankreichs. Die Studie weist ein starkes Stadt-Land-Gefälle auf. In Straßburg, Colmar und Mulhouse wird das Elsässische am wenigsten gesprochen. Dagegen hält sich die Mundart vor allem im ländlichen Norden und in der Gegend um Saverne. Nach 1945 galt der elsässische Dialekt als die Sprache der ehemaligen deutschen Besatzer. Die Regierung Frankreichs versetzte viele Beamte aus dem Inland in die Grenzregion, und in den Schulen wurde die Mundart verboten. Inzwischen hat in Eigeninitiative eine kulturelle Gegenbewegung eingesetzt. Es gibt entsprechende VolkshochschulKurse. Die mundartlichen Abendnachrichten des staatlichen FernsehSenders France 3 Alsace haben einen Marktanteil von vierzig Prozent. Jedes Jahr findet das Dialektfestival "E Friehjohr fer unseri Sproch" mit Theater, Lesungen, Liederabenden, Märchenstunden statt. SyIvie Troxler-Lasseaux, die ein Elsässisch-Lehrbuch für Kinder herausgegeben hat, sagt über die Motive: "Der Dialekt hat mir bei der Erziehung ermöglicht, die Kinder für unser regionales Kulturerbe, unseren Humor und un- sere Wurzeln zu sensibilisieren."

 

                        Mémoires d'un incorporé de force alsacien  

                                 1939-1945  A l’intention de ses petits enfants.  20/04/2004

  CHRONOLOGIE  PREFACE  Cottbus  Memel en Lituanie  Berlin  retour en Alsace  CONCLUSION

CHRONOLOGIE 

RAD = Reichsarbeitsdienst=service obligatoire 14.10.42 15.12.42 WEHRMACHT =Incorporation de force 07.01.43 Francfort 24.03.43 Cottbus 17.04.44 04.08.44 Déplacements 10.10.44 Vers Memel – Arrivée Danzig 30.10.44 Arrivée Karlsbad 19.11.44 Blessure 22.11.44 Bateau Snirnemûnde 23.11.44 Hôpital 22.02.45 K.V. von Berlin 25.04.45 Prisonnier 06.05.45 Evadé Fürstenwald 08.05.45 Armistice 05.06.45 D..... Russe/Umer. 11.06.45 Paris Nord Strasbourg 13.06.45 Mulhouse / Rixheim 07/01/43 – 24/03/43 Francfort = 3 mois 24/03/43 – 17/04/44 Cottbus = 13 mois 17/04/44 – 19/11/44 Armée Memel = 7,5 mois 23/11/44 – 22/02/45 Hôpital = 3 mois 22/02/45 – 25/04/45 Berlin armée = 2 mois 25/04/45 – 06/05/45 Prisonnier = 0,5 mois 06/05/45 – 05/06/45 Evadé = 1 mois 05/06/45 Rapatrié

PREFACE

Après mûres réflexions et sur l’insistance de mes enfants et petits enfants, j’ai décidé de leur faire découvrir certains évènements ayant jalonné mon incorporation de force au RAD et à la Wehrmacht pendant la guerre de 1939 à 1945. Je n’aborderai donc pas les situations délicates et dangereuses générées par les rapports des occupants avec notre population et qui se sont déroulés pendant l’occupation allemande de notre chère terre d’Alsace dans un esprit d’intolérance et de répression dictés par le régime nazi. Le RAD A 19 ans, j’étais parmi les jeunes soumis aux aléas de l’autorité militaire allemande. C’est ainsi que le 14.10.42 je fus incorporé de force tout d’abord au « RAD » et le 07.01.43 en seconde étape dans la « Wehrmacht ». De ces engagements aux nombreuses péripéties et souvenirs ineffaçables je ne citerais que certains faits marquants et quelques anecdotes vécues. Le RAD était une formation créée en Allemagne par Hitler et qui déployait son activité dans des camps de travail. C’était en réalité une entité paramilitaire qui, pour l’exercice et les manœuvres nous dotait d’une bêche à manche d’environ 80 cm de long en remplacement du fusil (garde à vous – fusil sur l’épaule – repos) ainsi que pour la réalisation des tranchées collectives et individuelles utilisées par les soldats au combat. Furent soumis à cette formation tous les jeunes à partir de 18 ans. Le but essentiel était de préparer des jeunes pour servir à l’armée. Ils étaient contraints aux exercices physiques les plus durs et souvent dégradants ainsi qu’au lavage de cerveau pour briser toute réaction et résistance et les conditionner ainsi à une obéissance aveugle et inconditionnelle. L’activité du camp démarre, tôt, à 6h00 du matin afin d’assister impérativement à l’hommage rendu au drapeau nazi. C’est sur un vaste terrain d’entraînement que le rassemblement eut lieu, avec déroulement protocolaire à l’instar des soldats de la Wehrmacht et pour être soumis à la liste « d’appel ». cette opération méticuleusement menée par l’officier de service et achevée, l’ordre lancé de « garde à vous » nous obligea à passer avec promptitude et juste d’application, la bêche verticalement à hauteur de l’épaule droite simulant ainsi maniement d’un fusil. Ce fut le moment où, dans un silence glacial, la gorge serrée par un sentiment de révolte et d’impuissance, nous dûmes assister, sous étroite et infaillible surveillance de nos chefs, un déploiement, ralentit intentionnellement, du drapeau nazi vers le haut du mat. C’est donc quotidiennement, que cette pénible et déconcertante vue nous fut imposée. Ce geste évoquait en nous, une humiliation profonde à l’égard de notre drapeau, symbole de notre mère patrie « la France ». Après ce rassemblement le programme journalier fut communiqué. Une occupation constante, travaux divers, creuser des tranchées, exercices physique, maniement d’engins divers, nettoyage d’espaces de séjour et naturellement une alimentation stricte et des corvées punitives. C’est ainsi que de jour comme de nuit des contrôles inopinés de nos placards personnels eurent lieu. Tout le contenu fut jeté à terre et éparpillé, et des traces de poussières fictives furent mentionnées dans les rapports. Nous disposions de 20 minutes pour tout remettre en place et selon « la tête du client » nous étions réprimandés et punis par des travaux divers et pénibles (nettoyage douche, cuisine et exercices physiques éreintants). De longues et pénibles marches forcées, au rythme des chants de guerre, sapaient notre moral et notre résistance physique. Durant toute cette incorporation, les visites familiales étaient interdites avec comme argument déconcertant que « les soldats engagés au front de bataille ne pouvaient non plus en accueillir ». Heureusement une potion magique, « le Kirsch d’Alsace » a su créer un miracle et …m’avait permis de rencontrer en ville ma fiancée et ma mère. Cependant le chef prévenait que « le diable devait m’emporter » si le stratagème était découvert. Quelques jours après, la libération du RAD tant attendue survint et je pus rejoindre ceux qui m’étaient chers dans mon village, ce qui me procura à nouveau bonheur et espoir. Cependant, tandis que nous souhaitions la fin de cette horrible guerre, une menace se profila à l’horizon et l’incorporation de force dans l’armée, hanta de plus en plus notre esprit. Cette incorporation de force se confirma suite à l’accord donné par le Maréchal Pétain à Hitler concernant l’Alsace et la Lorraine. La Wehrmacht - L’armée Ce fût un drame ( ?) profond, une situation dangereuse pour tout réfractaire éventuel avec comme rétorsion l’internement de ses parents dans les camps de concentration. Toute personne ne donnant pas suite à l’ordre d’incorporation fût arrêtée et celle en fuite fusillée sur place (passage frontalier vers la Suisse – 17 jeunes dans le Sundgau). Le choix entre sacrifier le vie de ma mère ou risquer la mienne au combat était un dilemme qui me fit accepter l’incorporation. Ce fut un pénible et triste départ le 07/01/43. Les jeunes de la classe 1921 et 1922 furent enrôlés. Mon futur beau-père attela son cheval et m’achemina avec mon ami à la gare de Mulhouse. La séparation fut brève, le ton militaire allemand avait pris le dessus et l’appel se fit rapidement. Nous avions très vite compris que toute entrave à leur plan serait immédiatement sanctionnée.

 1) Cottbus Je fus avec 5 compagnons affecté le 08.01.43 à Francfort (Frankfurt = Stam. Marsch. Abt Schwere Art. Abt 59). Cette affectation fut provisoire et je connu une nouvelle destination le 24/03/03 pour Cottbus au 8è JG Ausb. Kpie Regiment Großdeutschland Alvenslebenkaserne.

Cette compagnie faisait partie du régiment „Grossdeutschland“ (grande Allemagne) constitué d’un corps militaire au cadre professionnel avec sélection des recrues âgées de 18 à 23 ans et en bonne condition physique (taille et poids). Cette affectation imposa le port sur la manche droite de l’uniforme, du bandeau « Grossdeutschland », définissant ainsi l’appartenance à l’élite combattante de l’armée. Ses officiers faisaient une résistance interne aux autres formations et particulièrement aux régiments SS dont les cadres étaient constitués par des parvenus nommés en grade du fait de leur appartenance « Nazie ». Ainsi, nos officiers ont utilisé encore fort longtemps l’ancien salut traditionnel (main au chapeau ou casquette) et ont tardé à utiliser le « Heil Hitler » pourtant strictement imposé. Ils ont subi de lourdes sanctions après le putch avorté contre Hitler. Ce détachement comportait 5 alsaciens dont un seul resta mon compagnon durant la période de formation jusqu’à l’envoi en opération militaire. Le premier contact à l’entrée de la caserne était déprimant. Il fit monter en nous une certaine stupeur au vu de la compagnie en exercice sur un plateau central de la caserne. En effet, à travers une poussière noire et suffocante, des formes humaines se ruaient par terre, couraient, sautaient, plongeaient, sans répit à une vitesse insoutenable. Malheureusement ce fut un exercice quotidien matinal, sur un terrain dont le plateau était encaissé de scories de charbon moulues et tassées, dont la poussière noirâtre recouvrait treillis et visages et provoquait des toux suffocantes. L’image que nous avons découverte était pour nous un présage inquiétant mais malheureusement fidèle à la réalité. En effet, les exercices dans les espaces prévus dans la cour de la caserne étaient surveillés par des gradés choisis pour leurs commandements tyranniques avec la volonté d’imposer une soumission totale par une répression sans concession envers les recrues. C’est par cette attitude dépourvue de tout sentiment humain que ces soldats instructeurs, gradés et souvent porteurs de décorations, s’assuraient leur maintien à la caserne évitant ainsi leur réengagement au combat.. Les nombreuses marches forcées de 5 à 15 km à travers bois et campagnes se faisaient en tenue de combat, muni de fusil, mitrailleuse, masque à gaz, pelle et sac à provisions. Les chants en « fortissimo » rythmaient obligatoirement nos déplacements à travers plaines, collines, cours d’eau et carrières profondes. Ces exercices se transformaient souvent en épreuves physiques éreintantes frôlant la torture. C’est ainsi que sur déclenchement d’une alerte fictive pour attaque aérienne à basse altitude nous fûmes forcés, munis du masque à gaz et chargés de tout notre attirail, de grimper à l’intérieur de sapins se trouvant en bordure d’un secteur spécialement repéré pour un tel exercice. De nombreux accrochages dans le branchage entravaient l’accession vers la cime du sapin. Avec l’ordre de refaire à plusieurs reprises cette escalade, nos forces nous abandonnèrent et nous fûmes heureux de pouvoir enfin retourner à la caserne malgré l’obligation de chanter à pleine voix sur tout le parcours, tout en portant le masque à gaz. Une autre épreuve tout aussi éprouvante consistait à suivre la dénivellation d’une profonde gravière, pente descendante, le fusil serré contre la poitrine et la crosse coincée entre les jambes. Dans cette posture couchée sur le rebord il nous fut ordonné de dévaler ainsi vers le fond de la carrière, nous relever rapidement pour escalader aussitôt le versant opposé. Le stratagème consistait à inciter chacun d’entre nous à franchir parmi les 3 premiers les 50 mètres de dénivelé pour être enfin libéré de cette épreuve pénible et je dirais même inhumaine. Pour les autres participants c’était à vrai dire une course contre la montre pour être parmi les premiers dans cette ultime escalade. Après presque 1 heure de descentes et remontées, de plus en plus pénibles et plus lentes, des cas de crises sérieuses et même de perte de connaissance qui nécessitaient l’utilisation de civières se manifestaient et donnèrent enfin lieu à l’arrêt de ce supplice. Mais aucun remord n’effleurait le responsable et c’est encore en chantant que nous devions réaliser le chemin du retour. Même dans notre casernement notre présence fut constamment surveillée et malmenée : contrôle, même pendant le sommeil, de notre casier, habillement, linge, ustensiles et rangement proprement dit. Ces mesures, déjà subies au RAD, étaient destinées à nous perturber et à couper le repos de nuit. Les constats relevant plutôt d’une fiction que d’une réalité amenaient des sanctions telles que : travaux de cuisine, nettoyage des locaux (brosse à dent dans les WC), privation de sortie de caserne. Tout cela avait pour but d’éliminer toute réaction et d’être constamment occupé sous contrainte de la peur et des représailles. Les seuls moments qui me restaient j’écrivis, tous les jours, à ma fiancée en français, quelques lignes sans défaitisme en conservant tout espoir d’un retour au sein de ma chère famille et d’ainsi retrouver ma fiancée. Les cartes ou lettres étaient numérotées pour nous permettre de suivre le courrier. Nous nous sommes également concertés pour avoir une pensée commune et un regard simultané à 20H « Mais vers notre étoile du soir » lorsque le ciel était clément. Après cette période de formation inhumaine, pendant laquelle deux jeunes de 18 et 19 ans se suicidèrent, certaines affectations à des travaux spécifiques furent prononcées. Je fus affecté le 09.02.44 au service transport : P.W. de 4 tonnes avec remorque. Ma mission consistait à transporter des marchandises, vêtements, chaussures et divers avec un engin propulsé par combustible à foyer « antracite ». Manipulation délicate et souvent en panne de fonctionnement. Le 14.02.44, je fus détaché pour un transport de marchandises (habillement – chaussures) à Berlin. Cette nuit j’assistais dans cette capitale à une attaque aérienne terrifiante et dévastatrice. Cette lutte aérienne et terrestre se transforma dans le ciel en immense feu d’artifice dans lequel se faufilaient les bombardiers qui étaient soumis aux tirs des « Flacks » et aux projecteurs lumineux. Ces combats intensifs se déroulant dans une luminosité extrême furent à la fois beaux mais surtout cruels lorsqu’on décelait les trajectoires tourbillonnantes des avions touchés dérivant vers le sol. Lors des alertes, beaucoup de berlinois se retrouvaient sur les amas de décombres qui s’amoncelaient dans cette ex-superbe et renommée avenue « Unter den Linden » et assistaient en spectateurs à ces batailles aériennes tout en délaissant ainsi leur foyer soumis aux bombardements des avions. Après cette période de formation, je fus soumis au contrôle médical pour insertion au corps combattant. Mon premier contrôle du 22.02 fut négatif : motif rythme cardiaque instable, avec un sursis de 2 mois. Le 20.04.44 je fus soumis à un nouveau contrôle. M’inspirant du motif du dernier examen du à l’arythmie du cœur, je cherchais un moyen pour stimuler cette excitation. N’ayant jamais fumé, je me fis envoyer, par ma fiancée, un paquet de gros cigares. L’idée m’était venue d’essayer, en fumant un gros cigare et en avalant tout la fumée de provoquer la pulsation à une cadence accélérée. Le moment venu, avant de voir le médecin, j’allais aux toilettes et fumais mon cigare comme prévu. De retour, mes copains me demandaient si je me sentais mal, tellement j’étais blême. Me voyant me déplacer péniblement, le médecin me déclara une nouvelle fois inapte avec un sursis de deux mois. Je continuais donc d’assurer mon activité aux transports. Le 29.06.44 nouvelle convocation pour « K.V. (Kriegsverwendbar – bon pour le service) ». Cette fois-ci je fus, avec d’autres recrues, hospitalisé avec obligation de s’aliter, de boire une certaine potion, et d’uriner toutes les heures pour contrôle. Nous étions avertis que si nous buvions de l’eau du robinet le résultat du contrôle serait formel et nous serions considérés« bon pour le service ». Je fus pris d’un doute : faut-il ou non boire de l’eau du robinet ? Malheureusement je pris la mauvaise décision de ne pas boire de l’eau et mon sort était jeté. J’étais K.V. ; en buvant de l’eau j’aurais encore été sursitaire.

2) Memel en Lituanie Ma destination était la Lituanie en contact, direct avec l’armée russe.

Après une dernière sortie en service avec mon camion sur Breslau le 04.08.44, j’étais envoyé par route vers le front russe. Le cheminement fut long et nous étions souvent menacés à la fois par des tirs d’artillerie et par des attaques aériennes (avions de chasse italiens). C’est ainsi qu’à proximité d’un grand carrefour en pleine campagne l’alerte aérienne qui survint inopinément nous contraignit à délaisser nos véhicules et à nous réfugier dans les fossés longeant la route. Ce fut un moment d’angoisse à cause des sifflements de balles frappant bruyamment le balast et touchant certains camions les mettant en feu. Pendant ce court moment crucial, il m’est arrivé de tarder à rejoindre notre camion qui repartit avec mes compagnons à toute allure pour franchir sans incident le carrefour placé sous contrôle russe. Je me retrouvais tout seul et découragé à l’idée de devoir traverser à pied ce carrefour menant vers un pont. A demi paralysé par la peur d’être repéré et abattu je m’avançais par espaces de dix mètres, me couchant, me relevant prudemment. Je réussis ainsi, comme par miracle à atteindre la lisière de la forêt. Quelle ne fut pas ma stupeur d’apercevoir devant moi un spectacle, atroce et hallucinant, celui de la carcasse calcinée de mon camion avec tous mes compagnons morts et déchiquetés. C’est à cet instant que le mot « miracle » prit pour moi toute sa valeur et je mis en parallèle ma réaction au moment du départ manqué avec ce camion. Je me posais désespérément cette question : pourquoi ? et pourquoi moi ? Il est vrai que cette réflexion se pose probablement à tout un chacun à travers les aléas de la vie quotidienne sans nous fournir de réponse. N’oublions pas que notre destin se concrétise par une succession d’évènements heureusement imprévisible qui ne nous permettent pas de prévoir ni de tracer avec certitude notre avenir. Dans mon cas, j’ai eu la preuve que, dans toute situation donnée et même dans la plus désespérée, il est bon et sage de ne pas exclure l’hypothèse du « pire » qui atténue psychologiquement l’impact de l’épreuve subie. C’est cette devise qui m’a permis de surmonter les moments les plus durs de cette guerre. Et, c’est dans cette confiance dans mon destin, que je m’acheminais par Danzig et Koenigsberg vers la ville de Memel. Cette dernière désignée comme « Brückenkopf », tête de pont, était la seule liaison entre la mer et le continent pour les troupes allemandes ceci pour acheminer leurs renforts et rapatrier leurs blessés. D’abord occupée par les Russes, puis délogée par les Allemands, cette ville présentait un aspect horrible. Une odeur nauséabonde générée par les nombreux cadavres de chevaux empestait l’atmosphère. En passant devant une charrette délaissée, je vis une jolie paire de bottes émerger de lambeaux d’uniforme russe et, en voulant les récupérer, je constatais avec horreur la présence d’une jambe coupée et coincée dans une des bottes. Je fus très choqué par cet évènement qui marqua le début de visions horribles générées par les combats. Avant l’attaque de Memel, comme d’ailleurs pour la plupart des interventions de l’infanterie, il fut procédé à la distribution de boisons alcoolisées légèrement sucrées mais très fortes pour stimuler l’attaquant au combat. Ce jour je fus désigné afin de pourvoir à cette tâche et je servais ce breuvage à volonté. Il y avait cependant l’un ou l’autre qui s’abstenaient et je me « sacrifiais » pour m’octroyer sa part. La réaction ne tarda à se manifester et, impuissant à réagir, je fus installé par des soldats sur la banquette du camion. Fortement secoué par ce transport, cette boisson bien sucrée fit son apparition sur le casque, tout reluisant, de mon voisin. Après quelques faibles résistances russes nous traversions la ville et notre premier objectif était atteint. Pour la suite, notre route parsemée d’embûches et d’escarmouches russes nous amena le 30.10.44 à Karkelbeck, petite localité située au nord de Memel. Je fus détaché dès mon arrivée un cimetière local, situé à environ 50 mètres de l’église. C’est un jeune officier, porteur du « Ritter Kreuz », la plus haute distinction créée par Hitler et exceptionnelle vu son âge, qui nous accueillit. Nous comprimes très vite le pourquoi de cette décoration, alors que le visage encore marqué à l’issue d’une bataille de chars il fit fusiller sur place 12 soldats allemands qui sous la pression de soldats russes avaient délaissé leurs tranchées. Son « leitmotif » était sans équivoque « ordre de ne pas céder même d’un pas à toute attaque russe, défendre et si nécessaire sacrifier sa vie ». Ces sacrifices imposés sans ménagement relevaient d’un comportement irréfléchi et absurde, se déroulant à 200 mètres des tranchées russes et qui ne tenait pas compte des pertes en hommes en un point aussi stratégique. Lors de ma présentation à cet officier, je fis valoir intentionnellement ma formation dans l’artillerie lourde. Il me posa de façon autoritaire la question si je savais manier la pelle et sans hésitation il me détacha au cimetière local en invoquant qu’il y avait assez d’occupation. En effet, à partir de ce moment se jouait mon destin « survivre ou mourir », « to be or no to be ». Il est vrai que notre champ de bataille, une vraie guerre de tranchées, situé sur une presqu’île dénommée « Brückenkopf Memel » - « Tête de pont Memel » - en Lituanie était désespéré.C’était un espace complètement encerclé par les Russes avec seul accès possible par la mer. Cela permit à la Wehrmacht d’acheminer le renfort en troupes et permit le rapatriement des blessés par voie d’eau, les morts étant délaissé sans sépulture. Nous étions donc condamnés soit à mourir sur place ou être blessé et évacué. Notre zone de combat face à l’armée russe, à peine distante de 200 mètres et positionnée comme nous dans de longues et sinueuses tranchées, regroupait infanterie, tireurs d’élite et artillerie légère. La proximité de la mer provoqua l’infiltration d’eau dans nos tranchées à raison de 30 à 40 cm par nuit. Aussi paradoxal que cela puisse paraître, les soldats des deux camps contraints à évacuer l’eau de leurs lignes de combat se consentirent réciproquement un cessez-le-feu à partir de la tombée de la nuit jusqu’à 8 heures du matin, heure fatidique à respecter. C’est avec des récipients de fortune que l’eau fut transvasée de la tranchée à des soldats se trouvant en bordure pour déverser cette eau. Cette opération était quotidienne et l’entente horaire strictement à respecter pour ne pas être touché par un tir ennemi. En ce qui me concernait, j’étais, comme d’ailleurs mes voisins à gauche et à droite, positionné dans la tranchée et espacé à une quinzaine de mètres les uns des autres. La relève était constante suite à de nombreux blessés et disparus et aucune relation personnelle ne put se concrétiser. Tout mouvement dans la tranchée peu profonde suite au niveau d’eau, était perceptible par l’ennemi et soumis au tir des « tireurs d’élite ». C’est ainsi que sur ordre d’un sous-officier, je dus assister à une telle opération. Ces tireurs bénéficiaient d’une permission exceptionnelle de 8 jours pour 8 soldats ennemis tués dans le camp adverse si cet acte était confirmé par un témoin. Pour ce faire, l’officier et moi sommes montés au clocher de l’église situé à proximité pour atteindre une hauteur d’environ 30 mètres d’où nous pouvions facilement repérer le mouvement des russes dans leur tranchée. En effet, leur déplacement mettait en évidence leur casque qui malheureusement était une cible facile et la balle touchant la tête projetait le corps vers l’avant dans la tranchée. C’est ainsi que successivement plusieurs soldats russes, six au total, furent touchés. La réaction russe fut rapide, des obus éclatèrent à notre proximité et nous avons été obligés de nous sauver. L’objectif des 8 tués n’étant heureusement pas atteint le « tireur d’élite » n’a pas tiré profit de son carnage. Les échanges par tirs, fusils et mitrailleuses, étaient très fréquents de part et d’autre. Cependant l’officier de notre secteur mettait en doute nos ripostes, les qualifiait de trop timides. Il est vrai que vu la faible distance qui nous séparait des tranchées ennemies le repérage de nos tireurs était facile et la riposte russe très efficace avec leurs tirs de mortiers. Pour avoir un contrôle de l’ampleur de nos tirs il nous fut ordonné de restituer les cartouchières vides pour comptage. Conscient de la suite qui nous était réservée par cette surveillance matérielle, mon voisin de tranchée, desservant avec moi notre mitrailleuse donna son accord pour solutionner ce problème. Profitant d’un petit ruisseau s’écoulant à proximité, je pris la décision de dégarnir les ceintures en jetant les balles dans l’eau. En pleine action, j’entendis subitement, derrière moi, des bruits de bottes et me retournant, je vis un sous-officier, pistolet à la main, qui nous interpella, le visage renfermé et fronçant les sourcils. Sa question fut directe : « que faites-vous la ? ». Comme un éclair jaillissant du ciel, j’eu une intuition en répliquant spontanément que les cartouchières tombées dans le sable devaient être nettoyées pour ne pas perturber le fonctionnement de la mitrailleuse. Après quelques secondes d’hésitation, il repartit convaincu de mon argumentation. Dans le cas contraire, il aurait pu nous accuser de sabotage sur matériel d’intervention dans une zone de combat. Nous avions la chance de ne pas avoir été surpris par notre officier de secteur, qui lui sans hésitation aucune, nous aurait abattu. Le renvoi de nos cartouchières vidées n’a pas donné satisfaction à nos chefs qui ne constataient pas de stimulation dans nos ripostes envers les russes. Il fut ainsi ordonné de ne plus restituer les cartouchières vides mais par contre les douilles des tirs réellement effectués. Il n’y avait plus d’alternative possible en dehors de celle de tirer. Connaissant la réplique rapide de l’ennemi à notre attaque aux tirs, je pris la décision de tirer en rafales bien nourries et de quitter rapidement notre point de tir pour une distance de sécurité dans la tranchée même. Après la riposte russe, touchant à plein notre position, entre temps désertée, nous retournions ramasser les douilles éjectées pour les remettre à l’officier. Pour comprendre que de telles mesures, imposées aux soldats se trouvant en première ligne de combat à faible distance de l’ennemi, ont été exécutées, il faut savoir que tout ordre émanant d’un gradé était à accomplir sans contestation et sans défaillance. Concernant nos activités journalières, soumises constamment aux tirs d’obus et de mitrailleuses russes et aux bruits assourdissants de l’artillerie lourde opérant à un kilomètre derrière nous, certains faits méritent d’être relevés. Tout d’abord notre effectif était composé d’un ramassis de combattants comprenant en majorité des soldats repliés du front russe de Lituanie qui pour ainsi dire étaient « déserteurs ». En fait, nous étions des étrangers, aucun contact humain, aucun repas en commun, distants sauf rares exceptions, d’une quinzaine de mètres l’un de l’autre. Cette situation permit aux Russes de s’introduire de nuit dans nos tranchées et le jour se pointant, l’un ou l’autre d’entre nous avait disparu, emmené par l’ennemi. Prenant en compte ce danger imprévisible, je décidais, la pénombre venue, de grimper dans un arbre, délaissant ainsi la tranchée pour la nuit. C’était pour moi un « quitte ou double » puisque ce constat par l’officier en ronde aurait eu comme sentence immédiate la mort pour désertion. Cette situation présentait pour moi un danger constant auquel je voulais échapper pour me soustraire aux menaces de mort proférées par l’officier du secteur. J’envisageais comme seule probabilité la désertion vers les tranchées russe. Cette volonté s’est accentuée par la propagande russe qui parvenait du haut-parleur jusqu’à nous et ( ? narguaient) sans discontinuité les soldats allemands. C’est ainsi que chants, musique et appels presque fraternels se succédaient pour nous faire savoir qu’en quittant notre position condamnée à brève échéance, et à peine distante de 200 mètres, nous retrouverions la liberté et pourrions passer nos fêtes en famille retrouvée. Un appel tout particulier a été adressé aux alsaciens, d’ailleurs peu nombreux, pour nous rappeler que l’amour envers la France, notre patrie, doit nous inciter à quitter cette armée qui nous à enrôlé illégalement et contre notre gré. Le message essentiel nous rappelait la proximité des fêtes, les quelques mètres à franchir pour retrouver la liberté et rejoindre dans notre patrie la France, notre chère famille. La tentation de donner suite à cet appel et ses promesses m’amena à prévoir la désertion pour le soir même. Heureusement le ravitaillement eut un retard considérable, la nuit tomba et rendit tout déplacement périlleux. Le lendemain de cette désertion projetée mais non effectuée, j’ai pu constater que les incitations et promesses russes n’étaient qu’un leurre et que les tireurs russes avaient liquidé devant leurs barbelés ceux qui ont donné suite à leurs appels. Il est vrai que la vue d’un ennemi s’approchant la nuit de votre tranchée,vous donne un réflexe de défense et c’est certainement celui qui tire le premier qui a le plus de chance de sauver sa vie. En ce qui me concerne, je n’aurais jamais été épargné en cas d’attaque russe puisque devant moi à 5 mètres, dans les barbelés était accroché un soldat russe, criblé de dizaines de balles, déjà mort depuis quelques temps et l’uniforme entièrement déchiqueté. L’aspect lugubre des lambeaux de corps et d’uniforme devant ma position aurait suscité à la fois peur et désir de vengeance chez le combattant russe. Mais en dehors de cette occupation de tranchée, d’autres obligations vous mettaient en danger. La reconnaissance la nuit des occupations des tranchées russes, le nombre et l’identité des combattants à déterminer, était dangereuse et souvent mortelle. Je fus désigné par le sous-officier pour procéder à une telle opération. Il me demanda de lui remettre ma montre, faute d’en avoir, pour lui permettre de m’autoriser, mais seulement après l’envoi d’une fusée verte, de retourner au rapport. Ce fut une manœuvre paralysante de vous approcher sans être découvert. Je rampais le long de la route jusqu’à une grande buse d’un ruisseau et là, je perçus des bruits, des paroles, donc la présence russe en face, à la sortir directe de cette buse. Je tremblais de tout mon être, blotti contre cette paroi bétonnée, en sachant qu’en face de moi, tout seul à 10 m, se trouvaient des russes et combien ? Les minutes d’attente paraissaient des heures et j’attendais avec angoisse l’apparition dans le ciel de cette fusée verte, libératrice d’une peur étouffante et grandissante. Mon retour se résumait en un rapport totalement fictif et non contrôlable. Une autre mission dangereuse fut l’accompagnement de l’équipe de « poseur de mines », en assurant la protection tout seul avec mitrailleuse et caisse de munitions. C’est à la nuit tombante que cette mission se déroula pour une durée d’environ 2 heures. A peine une heure passée, le poste avancé de surveillance donna l’alerte pour une attaque russe. Les poseurs de mines quittèrent précipitamment leur lieu d’intervention et je me retrouvais tout seul avec une mitrailleuse lourde et la caisse aux munitions. Ne pouvant à la fois emporter les deux, je pris l’arme, et partait en retrait. L’officier, en place m’interpella durement et m’ordonna de repartir immédiatement rechercher les munitions. C’est avec une peur de rencontrer l’ennemi ou d’être fusillé par l’officier en cas de refus que je me faufilais à travers le champ de mines déjà amorcé. C’est en tâtonnant le sol du trajet à, parcourir pour éviter les mines non encore totalement recouverte de terre que, progressivement et, en profitant de l’éclairage sporadique des fusées, je finis par récupérer les munitions et assurer mon retour. Chaque jour notre situation empirait. La stratégie des russes consistait a attirer l’ennemi par la mer, seule voie d’accès pour leur zone de combat, complètement encerclée par les russes. C’est ainsi que les troupes allemandes attirés dans ce guet- apens, subissaient le sort qui imparablement leurs étaient réservé c’est à dire. soit être blessé et rapatrié par bateau sanitaire (Liazaretschiff) ou, pour la plupart, être tué ou plus rarement fait prisonnier. Pour obtenir une éventuelle chance d’être rapatrié de ces lieux, un combattant allemand me conseilla de m’attirer une blessure par balle, pour être rapatrié par voix d’eau. Je pris la décision la nuit venue, de me placer derrière un tronc d’arbre, protégeant mon corps mais en exposant aux tirs russes, mon bras et ma jambe gauche. J’entendis des balles siffler à proximité et je pensais et souhaitais même, qu’une balle allait me toucher. La nuit passait, j’étais, et cela peut paraître paradoxal, déçu de l’effort que j’avais fait sans aboutir au résultat, escompté. Tout en regagnant la tranchée je butais sur deux allemands, étendus et gravement blessés. Je constatais avec horreur que les blessures subies étaient consécutives à l’utilisation des balles à tête coupée (dum-dum geschoss) utilisés par les russes, et provoquant irrémédiablement, non une simple blessure, mais une mutilation complète de l’organe touché. A cette vue je remerciais une fois de plus Dieu de m’avoir sauvé momentanément la Vie. Entre-temps notre secteur d’opération se rétrécit considérablement, l’encerclement se concrétisait surtout la nuit quand les russes mirent le feu sur leurs lignes d’occupation, feu aux maisons, aux arbres, aux voitures et camions accidentés. Nous regardions la gorge serrée et, la peur… au ventre, sans avoir les moyens de réagir. Malgré cette situation la discipline allemande devint de plus, en plus dure. Un ordre reçu était à exécuter sans réflexion. Tout refus était implacablement sanctionné pour mettre en garde les survivants, de moins en moins nombreux. C’est ainsi que le 10 novembre 1944 l’officier me donna l’ordre d’assurer le poste de défense par mitrailleuse lourde implantée à la base du pylône droit du portail d’entrée de la place de l’église. A cet endroit, les russes avaient réussi à faire mouche de leurs tirs, en blessant ou tuant le desservant de la mitrailleuse. En effet le déplacement était facilement repérable, grâce au bruit occasionné par la démarche sur un sol jonché de débris de tuiles provenant de la toiture de l’église. L’interruption soudaine de ce bruit confirmait le franchissement du portail sur la partie goudronnée de la route.C’est avec stupeur, que j’accueillis l’ordre de prendre position à cet endroit. Après une heure de présence, les premiers tirs de l’artillerie légère russe de manifestèrent. Ils se rapprochèrent de plus en plus de mon poste, et subitement je sentis une pluie de gravier et de terre s’abattre sur moi. Sur ce, je pris la mitrailleuse sous mes bras, et en quittant le point attaqué, je m’engageais dans la tranchée sur une vingtaine de mètre me trouvant subitement devant l’officier qui me barrait le chemin. Il fronça les sourcils, me demanda pourquoi j’avais quitté mon poste et si je ne me rappelais pas de son ordre impératif « plutôt se faire tuer que de reculer d’un pas. » Je voulais répliquer, mais il m’assena un coup de poing en plein visage, et par réaction, je voulais me servir de ma mitrailleuse, mais il avait déjà planté sur ma poitrine son pistolet. Il m’ordonna de reprendre immédiatement le poste délaissé, alors que les russes avaient lancé un mitraillage d’attaque. Je courus à travers cette pluie de balles en défiant tout danger et par miracle je pus m’en tirer. Mais pour la première fois j’eus envie de tuer un homme notamment, cet officier nazi, exprimant haine et vengeance et prêt à tuer sans pitié. Un autre point dangereux était constitué à la sortie du portail de l’église dont seuls deux piliers en béton étaient encore en place. Pour accéder au cimetière il fallait traverser une route en macadam d’une largueur de 6 m. La traversée de cette route la nuit était mortelle pour celui qui l’empruntait et pour cause, le sol de la cour de l’église était jonché de tuiles qui engendraient une démarche sonore et perceptible jusqu’au moment ou la victime posait le pied sur le macadam : C’est à cet instant précis, que les russes, aux aguets la nuit,alertés par la cessation du bruit des pas, mitraillaient machinalement le point défini et touchaient à coup sûr leurs victimes. L’officier m’ordonna, vu les pertes constantes provoquées par cette traversée, de creuser en compagnie de 2 aspirants, une tranchée à travers la route macadamisée. C’est à midi qu’il nous donna cet ordre en nous imposant de terminer le passage avant la nuit avec comme conclusion qu’en cas de non réalisation dans ce délai, ce ne serait pas à lui de nous exécuter puisque les russes s’en serait déjà charger. Nous étions sans réaction face à ce danger et espérions pouvoir nous en sortir pour le soir. Nous redoublions nos efforts, le travail fut dur, beaucoup de caillasses, mais nous avancions presque normalement. A 18heure, après avoir dégagé la tranchée sur une profondeur de 1m50, nous nous tenions debout en dehors de cette tranchée pour un moment de repos, côte à côte, tous les trois nos pelles à la main, quand soudain en face de nous, à une hauteur d’environ 3m, une explosion se produisit provoquant une luminosité d’un petit soleil et, nous catapulta dans la tranchée. Je sentis aplatis sur moi les 2 corps qui se raidirent et, je m’attendais à subir le même sort.Sur cet unique éclatement de l’obus à 3 mètres du sol, l’alerte fut donnée et nos secours arrivèrent. Ils dégagèrent les deux blessés étendus sur moi, mortellement touchés. Me concernant, j’ai eu cette chance, que les deux victimes m’ont fait bouclier de leur corps. Un seul éclat d’obus m’avait frappé à l’épaule droite avec, comme par miracle, pénétration à quelques millimètres de la carotide, et sortie avec fracture de l’omoplate droite. Je fus acheminé sur une civière chez l’officier, tout en saignant abondamment. Vu la gravité de ma blessure, la partie droite de ma veste fut complètement imprégnée de sang et mon bras paralysé. L’officier trancha, à l’aide de son poignard, le dos de ma veste pour dégager le torse. Quelle ne fut sa réaction spontanée et menaçante, lorsqu’il découvrit un costume civil enfilé sous la tenue militaire. Il me fit part de sa volonté de me citer devant le tribunal militaire, avec pour motif « d’avoir porté l’habit civil en vue d’une désertion préméditée ». A bout de force, je donnais comme justification le fait de l’avoir endossé pour me protéger du froid. Sur ce fait, je tiens à évoquer l’enjeu de cette menace à mon encontre et une fois de plus le destin m’a sauvé la vie. Sans la victoire des Alliés, le tribunal de guerre allemand, pressentit sur cette affaire avec comme motif : désertion préméditée au combat m’aurait, sans équivoque, condamné à être fusillé. L’Allemagne vainqueur : j’étais un mort en sursis. Concernant l’état de ma blessure nécessitant une intervention chirurgicale urgente, je fus acheminé par charrette vers la mer en utilisant des chemins de terres défoncés et presque impraticables. Le trajet, comportant une dizaine de kilomètres, me paraissait interminable vu les vives douleurs ressenties par les chocs provoqués par l’état indescriptible du parcours. Arrivé au port de Memel, je fus transporté sur un bateau sanitaire. L’hébergement fut pour moi un rêve, un lit, des draps blancs, un calme déroutant et une cuisine…gastronomique. Une seule angoisse persistait en vue de la bouée de sauvetage placée au pied du lit. Ceci me rappela que l’on était encore en guerre et encore exposé aux sous-marins russes, qui restait à l’affût. Je ressentis avec bonheur les vibrations des turbines que nous emmenaient vers le large. Mais le plaisir fut de courte durée, les moteurs s’arrêtèrent, et un calme suspect nous envahit et nos visages se figèrent apeurés, après un espoir de courte durée. Cette attente angoissante due à l’alerte aux sous marins dura deux heures après lesquelles, le bateau, repris sa course pour nous amener au port de « Snirnemûnde ». J’appris par la suite que ce navire fut torpillé après notre traversée, donc la dernière effectuée par ce navire qui sombra corps et bien. Hospitalisé à l’hôpital militaire de cette ville je fus hébergé dans un local avec cinquante blessés. Le chef de cet hôpital était un officier d’environ 70 ans, un nazi qui croyait encore fermement à la victoire. Son fanatisme l’amena à former avec rigueur le personnel, y comprit les infirmières, à l’attaque des chars à l’aide de cocktails Molotov. Probablement j’avais gardé sur moi un document qui lui permis de découvrir que j’étais un alsacien…donc français, incorporé de force. Je crois que ce fait l’a amené à ne pas me soigner et me laisser à mon sort. En effet, ma blessure, avec épanchement considérable de sang, a provoqué une gêne aux poumons et ne me permettait de respirer que difficilement et à une cadence forcée. Je ne pouvais plus rester couché donc assis au lit et la bouche largement entr’ouverte afin de pouvoir respirer. Je happais l’air comme un poisson agonisant à la surface de l’eau tout en espérant un miracle…C’est alors, qu’une visite inopinée d’un officier me porta secours. L’officier était mandaté pour visiter les blessés et pour en recruter pour l’armée. Je vois encore cette image, un peu floue, d’un homme entouré du directeur de l’hôpital et d’accompagnateurs militaires, franchir la porte. Distant de dix mètres, il me toisa avec sa canne et tout en s’approchant de mon lit, il s’informait de ma blessure. Le directeur lui répondit qu’il s’agissait d’une blessure par éclat d’obus à l’épaule droite avec difficulté de respiration suite à une pneumonie. Sur cette dernière affirmation, l’officier lui demanda s’il avait réalisé une ponction pulmonaire. Suite à sa réponse négative, il ordonna de la réaliser instantanément. Le directeur malgré son agacement, sachant qu’un ordre à l’armée était irréfutable, obtempéra après le départ de l’officier. Au moment de l’intervention, je sentis subitement un immense soulagement et je croyais m’envoler, tellement ma respiration était devenue légère et complètement dégagée. A cet instant, je remerciai Dieu de m’avoir envoyé cet officier pour mon salut. Je sus par après, que les infirmières s’attendaient d’une minute à l’autre à me transférer à la morgue. Je me suis souvent posé la question si cette négligence du Directeur à mon sujet, n’était pas préméditée. Je fus soigné à l’hôpital pendant trois mois, mais le Directeur me libéra prématurément pour rejoindre l’armée, alors que la blessure au dos n’était pas encore cicatrisée et laissait encore apercevoir le poumon droit. Début avril, je fus envoyé en intervention à Berlin, plus précisément à Berlin Neudorf.

3) Berlin. C’était une guerre de tranchée dans laquelle se trouvaient rassemblés civils et militaires, hommes et femmes, maris et épouses.

C’était la bataille, la peur des russes était omniprésente et l’attaque était attendue. Sur les deux rives de ce fleuve paisible de la Spree, étaient rassemblés pour se désaltérer et profiter d’un endroit calme, tous les chevaux évadés des camps et de leurs engins de traction d démolis. C’était une horde indénombrable, plus de 500 chevaux qui gambadaient allègrement et qui ne se doutaient pas qu’ils étaient encerclés à la fois par les soldats russes et allemands. A une cinquantaine de mètre du fleuve, j’étais en embuscade dans une petite tranchée avec un compagnon et nous contemplions toutes ces bêtes, éprises d’une liberté retrouvée, lorsque subitement une fusillade russe se déclancha. Ce furent en premier les chevaux qui se cabrèrent, sautèrent et s’échappèrent vers nous, en martelant le sol qui vibrait sous leurs sabots. Ce fut pour nous un instant de panique qui nous força à nous aplatir dans notre tranchée, nos têtes casquées fourrées dans la paroi de ce refuge qui aurait pu être notre tombe…Ce fut au dessus de nous un déferlement brutal et saccadé martelant nos têtes, par le bruit des sabots, et les vibrations du sol et la peur qu’un cheval ne s’engouffre dans la tranchée et nous écrase irrémédiablement. Ces quelques instants d’une peur inouïe, nous parurent interminables, mais, nous fûmes épargnés de ce risque de piétinement. Je ne pouvais plus me déplacer que difficilement, ayant les pieds enflés et engourdis. Etant engagé dans une attaque contre les russes avec en pointe, de nombreux chars de combat disposés en triangle et accompagnés de l’infanterie, j’arrivais encore, avec grande peine, à parcourir une centaine de mètres pour accéder à une tranchée dans laquelle mes forces m’obligèrent à me réfugier. C’est de ce poste que je suivis l’évolution de ce combat en constatant que subitement les chars allemands viraient vers la gauche et vers la droite. Ce mouvement laissait prévoir l’échec de cette bataille et le repli des soldats allemands vers ma tranchée. Subitement surgit derrière moi, un officier fusil sous le bras, qui m’ordonna de repartir à l’attaque. Etant donné que j’avais suivi le déroulement de la bataille, je ne voulais et ne pouvais plus me jeter dans la gueule du loup. Je lui répondis que je ne pouvais plus marcher et lui montrais mes jambes enflées. Il m’ordonna une nouvelle fois de sortir de ma tranchée, pour participer au combat, vu ma réticence d’obtempérer, il me menaça en armant son fusil et me visa à la tête. Malgré son arme braquée sur moi, prêt à tirer, je lui répondis sans aucune hésitation que je ne pouvais plus bouger. Ce fut un moment indescriptible, un sentiment de peur , la vision d’une fin tragique et une dernière pensée à tous mes chers que je ne reverrai plu. Mon regard fixait celui de l’officier qui, après un moment d’hésitation dont je ne saurais définir la durée, baissa son arme et continua son chemin vers le champ de bataille. Un miracle s’était produit, un quitte ou double avec la mort ! Je suis persuadé que l’officier était un soldat de métier, probablement croyant et non un nazi qui lui, m’aurait exécuté sans remords. L’attaque allemande s’enlisa et les combattants se retirèrent progressivement sur leur base de départ. Le lendemain se furent les russes qui passaient à l’attaque et nous étions bloqués dans nos tranchées. Ce fut une bataille âpre avec des tirs de fusils, de mitrailleuses et quelques tirs de grenades. Refoulé par les attaquants russes, je me réfugiais avec un autre soldat dans une petite tranchée sur un terrain en dénivellation et masqué vers l’ennemi par un petit monticule. Ce dernier comportait un amas de munitions légères, délaissées par des soldats allemands. Un certain camouflage, terre et branchage, nous avait dissimulé ce stockage d’explosifs. Notre attention se porta sur des soldats russes empruntant un chemin et, tout en avançant progressivement tiraient des coups de feu épars. Par malheur, une balle toucha les munitions stockées et provoqua des explosions. Les russes, surpris, tirèrent de tout feu vers notre refuge. Nous pensions vivre nos dernières minutes. Une peur paralysante traversa tout notre corps et tout en tremblant, nous enfoncions nos têtes casquées dans la paroi frontale dont la terre nous recouvrait ainsi la nuque. Ainsi figés et immobiles, nous attendions l’explosion des dernières cartouches et des tirs russes. C’est le retour au silence qui nous tirait de cette torpeur et en scrutant l’horizon, nous vîmes déambuler dans notre direction, isolément, un soldat russe. Il fouillait avec le canon de son fusil, les débris jonchant le sol et s’approcha de nous. Il ne nous restait plus qu’à nous constituer prisonnier, mais comment ? Possédant un bout de tissu blanc, je l’accrochais à un branchage et laissant dans la tranchée fusil et bagages, nous sortions de notre abri, mains en l’air, agitant le « drapeau blanc » en signe de reddition. La réaction du russe fut menaçante, il braqua son arme sur nous, s’avança prudemment et nous interpella en prononçant avec insistance le mot « Our-Our »et après quelques instants, je présumais qu’il revendiquait une montre. Sur ce, je dégageais mon avant-bras gauche et il s’octroyait ma montre-bracelet. Par des gestes de la main, je lui faisais comprendre que je désirais reprendre mon sac de provisions laissé dans la tranchée. Il m’autorisa à le récupérer, braquant toujours son arme sur nous et, subitement lança fortement un ordre « Davay, Davay » et avec le canon de son fusil, il nous faisait signe que nous devions déguerpir à toute vitesse et rejoindre les positions russes. Nous pressions le pas, la peur au ventre et après quelques mètres effectués, nous jetions furtivement un regard derrière nous, et à notre grand soulagement il avait disparu. Est-ce la montre qui nous avait sauvé ? Après avoir parcouru une centaine de mètres, nous nous trouvions, en présence de prisonniers allemands gardés par les russes. A mon arrivée, un soldat russe (mongol), mitrailleuse en main, totalement ivre, s’adressa à moi en me posant des questions auxquelles je ne pouvais verbalement répondre. C’est par des mouvements de la tête et des mains que j’essayais de lui répondre affirmativement ou négativement selon sa réaction traduite à travers son regard énigmatique.. Heureusement un soldat russe se trouvait a proximité et me dit en allemand, en voyant les gesticulations menaçantes de son compagnon, que je ne devais pas avoir peur, que c’était un jeune qui ne tirait que sur les oiseaux pour se divertir, et sur ce, il nous ordonna d’aller plus loin pour rejoindre le camp des prisonniers allemands. En effet, environ 1000 prisonniers allemands étaient rassemblés à la lisière de la forêt. Nous étions destinés à constituer un bouclier humain placé en tête de l’armée russe pour l’attaque sur Berlin. C’est ainsi que le jour même, nous fûmes incorporée dans une entité russe, avec route vers Berlin. Après une heure de marche, nous étions déjà soumis aux tirs de l’artillerie allemande. Pour pallier aux pertes aussi bien dans nos rangs que chez les Russes l’ordre de dégagement vers le fleuve « la Spree » fut ordonné. Nous étions couchés sur la rive du fleuve en attente d’un nouvel ordre. Pendant ce temps, les soldats russes nous passaient en revue individuellement pour nous débarrasser de tous ce qui leur convenaient (bijoux, montres, couronnes dentaires en or etc…) même le retrait des bottes en nous laissant repartir pieds nus sur la terre gelée. Après l’accalmie des tirs allemands, nous fûmes regroupés et dûmes marcher en parade pour montrer à la population de Berlin les milliers de prisonniers allemands faits par les russes. Vu leur nombre important de prisonniers, les russes procédèrent à une répartition sélective. C’est ainsi qu’en ma qualité d’alsacien, je fus sommé de rejoindre un regroupement constitué à Francfort (an der Oder). Pour ce long trajet, et toujours en uniforme allemand, je récupérais une poussette pour mettre mes effets et surtout pour pouvoir m’appuyer en marchant. Je décidai d’utiliser le trajet sur l’autoroute menant directement à Francfort. Après quelques kilomètres à pied, je croisai une petite entité russe dont le chef m’accostait, sollicitait une montre que je ne possédais plus…il m’ordonna de continuer ma route. Il restait sur place quelques instants, tout seul, me suivant des yeux. Je sentis en moi une peur et m’attendais à chaque pas à être touché par une balle. Je pris le courage de me retourner et avec soulagement, je vis le chef rejoindre sa troupe.

4) Cette rencontre m’incita à ne plus utiliser l’autoroute mais les chemins de campagne.

Je traversais le premier village occupé par les soldats russes, je sentis les odeurs de cuisine et j’avais faim. Je me décidais à frapper à une porte pour me ravitailler. Je fus bien reçu par deux femmes, probablement fille et mère ou belle-mère. Elles discutaient avec moi et me confiaient leur peur d’être violées par les russes. Pendant que je mangeais gloutonnement, je me vis épié par un soldat russe qui se promenait devant la fenêtre de la cuisine. Je compris alors l’aboutissement de cette manœuvre et je repartis très vite malgré l’insistance des deux dames à me reposer en ces lieux. Vu cette situation équivoque et dangereuse pour moi je repris le parcours sur l’autoroute. C’est alors que je croisai deux prisonniers de guerre français de 1940 regroupés en « Stalag » (camp français de prisonniers de 1940 en Allemagne) et libérés par les Russes , eux aussi auraient dû être regroupés à Francfort. Ils m’on dit qu’il n’y avait là-bas aucune garnison compétente pour un rapatriement et me proposèrent de les accompagner en direction « ouest » et non « est ». C’est ainsi que nous avons trouvé un campement d’anciens prisonniers français(1940) sous surveillance russe. Ce sont les femmes emmitouflés, grosses et petites, qui étaient chefs de camp avec un commandement rigoureux, usant souvent de leurs jambes pour vous assener un coup de pied au…derrière. Le repas consistait en une soupe, épaisse et pleine de graisse qui pesait lourdement sur votre digestion et nous obligeait à jeûner tous les deux jours. Portant l’uniforme allemand, je dus à l’intervention de deux français, rencontrés par hasard, d’avoir pu trouver compréhension et, être considéré comme prisonnier français et donc autorisé à porter l’uniforme couleur kaki. Cet uniforme me conféra l’identité française et me permettait de sortir du camp pendant la journée et même pendant la nuit. C’est ainsi que nous étions les bienvenus dans les ménages allemands. Il n’y avait pratiquement plus d’hommes allemands dans les foyers, et les russes constituaient un danger permanent pour la population, femmes et jeunes filles. Notre présence chez les allemands était étroitement surveillée par les russes. Nous étions en général un groupe de cinq et rendions visite à des familles souvent aisées. Parmi elles, se trouvait une femme avec deux fils de 8 et 12 ans et une fille de 16 ans, propriétaire d’un grand salon de coiffure. La mère nous confia son sentiment d’une peur constante et la honte de son viol et celui de sa fille par les russes. Quelle sera la réaction de son mari à une telle situation ? se demanda-t-elle. Pour mettre en exergue cette angoisse de peur de viol, je voudrais vous dire que notre présence avait attiré un soir cinq jeunes femmes dans cette maison, et qui souhaitaient pouvaient y passer la nuit en toute sécurité. Nous étions conscients du dangers qui les guettait et acceptions cette présence pour les protéger. Le matin, au départ, elles sollicitaient de pouvoir revenir pour la nuit ce qui leur a été consenti. Mais le soir venu, pas de visites féminines, par contre à 22 heures des coups de crosses de fusils nous forcèrent à ouvrir les portes à des soldats russes qui criaient « Magda Magda! »(femmes) et heureusement il n’y en avait pas ! Le viol était la hantise des épouses, mères et filles. Il s’est avéré que certaines mères et filles avaient décidé de se suicider avant d’être violées. Sur des maisons à toit plat des jeunes filles se réfugiaient le soir pour s’enrouler dans des paillasses, se camoufler et le cas échéants se précipiter dans le vide pour échapper aux viols d’éventuels soldats russes les ayants repérées. J’ai vu, après publication de l’armistice et nonobstant de l’énumération des sanctions prévues à l’encontre des militaires russes responsable de vols ou de viols, une femme marchant sur le trottoir et portant deux valises, qui était accostée par un soldat dont l’officier restait, en attente dans une calèche. Le soldat emmena la femme par la force, la traînant même pour la remettre à l’officier qui partît avec elle et auquel elle était livrée sans défense. De même à la chute de Berlin, dans les tranchées allemandes se trouvaient entassés côte à côte, soldats et civils réfugiés ,dans les derniers remparts de la ville. Au moment de leur reddition ils furent soumis à un tri séparant, hommes, femmes et même enfants. Etant donné qu’il y avait des couples, leur séparation fut exécutée sous menace d’arme pour les plus récalcitrants. C’est ainsi que la plupart des femmes furent contraintes d’être regroupées dans des casemates (abris militaires) pour occuper des lits de camps superposés et devenir une proie facile pour le viol. Malgré les cris, hurlements et appels au secours aucune intervention civile ou militaire n’eut lieu malgré les mesures de sécurité publiées par l’autorité russe sur les affiches proclamant l’armistice. Suite à l’armistice un rapatriement était organisé pour les français du camp où j’étais cantonné. Un transport par camion nous emmena en direction de la ville de Dessau située sur l’Elbe qui constituait une délimitation territoriale entre russes et américains. Durant ce parcours, nous étions frappés par l’aspect intact des premières localités traversées, épargnés par les tirs et dégageant l’impression de n’avoir pas subi ni d’occupation ni de combats. En effet, ces localités étaient conquises et occupées par les troupes américaines jusqu’à l’armistice selon lequel ils acceptèrent de libérer ces communes et de les remettre aux autorités russes. Ce contraste dans une zone de combat, constituait pour nous à première vue une énigme, étant donné que l’occupation des localités par les troupes russes laissait en général et après combat une vision désolante, aucune maison, plus aucun mur ne dépassaient la hauteur d’un mètre, tout était rasé pour éviter le corps à corps avec d’éventuels résistants. Pour notre cheminement vers « Dessau », nous étions placés dans des « wagons à bestiaux » à raison d’environ vingt-cinq personnes par wagon. Nos fréquents arrêts inopinés en pleine voie nous incitèrent à descendre des wagons pour faire un feu de bois sur le bas côté pour nous réchauffer. Nous arrachions les clôtures en bois sans ménagement pour alimenter les feus et si le train se remettait subitement en marche, nous laissions les brasiers au gré du vent. Sur ce parcours et en sens contraire sur la voie contiguë, des trains de ravitaillement américains nous croisaient, laissant apparaître leurs changements précieux de sucre, fruits secs, pommes et autres aliments qui passaient devant nous comme un plateau de rêve. Subissant comme nous certains arrêts inopinés en pleine voie, les wagons à notre portée furent pillés en un clin d’œil. Mais les tirs au fusil des soldats accompagnateurs du convoi, rétablirent rapidement l’ordre dans nos rangs. Un autre fait délicat se produisit durant le transport et notamment l’arrêt brutal du train, qui secoua fortement notre wagon. Selon la rumeur vite propagée, cet arrêt d’urgence aurait été consécutif à un attentat par tir de balle de pistolet vers le mécanicien du train. Cette argumentation nous parue bizarre et contraire à la logique d’un retour rapide souhaité par les occupants du train. Pourtant, nous observions qu’un certain nombre de soldats américains, profitant de cet arrêt indéterminé, faisaient pour ainsi dire du porte à porte d’un wagon à l’autre, cigarettes et friandise à la main ainsi que des dollars disponibles pour, soi- disant, acquérir par échange, des objets souvenirs de l’armée allemande, vestimentaires ou autres (couteaux, poignards). Par cette opération rusée et bien définie, ils réussirent à récupérer le pistolet ayant servi à tirer sur le mécanicien. Ce qu’il advint de l’intéressé restera pour nous une énigme. Notre cheminement nous amena le 10 Juin 1945 à Dessau. C’est ici que le passage russe-américain devenait un événement vital. C’était, soit l’accès au rapatriement et donc à la libertée retrouvée, soit la restitution comme prisonnier russe. Cette dernière décision était en fait une condamnation sans recours possible et l’acheminement vers la Sibérie : pays synonyme de non-retour, connu pour son impitoyable et mortelle exploitation des prisonniers et de condamnés politiques et autres. La difficulté, et je dirais même le drame qui se jouait dans cette opération, consistait à prouver par un document notre nationalité française. Il fallait donc présenter un livret militaire, une carte d’identité ou un autre document justificatif. Me concernant, je n’ avais aucune pièce de ce genre, j’étais dans le doute quant à la validité du seul document en ma possession : une carte définissant, photo à l’appui, mon incorporation dans l’armée allemande et mon affectation à l’unité « Grossdeutschland » dont je portais, sur la photo, le brassard à la manche droite de ma veste militaire. Je me décidais, avec peu d’espoir, à franchir ce point de contrôle en me présentant à mon tour. Le contrôle était effectué par un officier américain qui parlait le français. C’est avec un air étonné qu’il me dévisagea et me fit comprendre qu’il n’était autorisé à laisser passer que les citoyens français. De toute mes forces, je fis valoir ma qualité légale de citoyen français. Je lui expliquai, autant que possible, que ma présence dans l’armée allemande relevait d’un acte forcé imposé aux alsaciens, alors français, pour les incorporer dans l’armée allemande. Il est évident que pour un américain, il était presque impossible de faire la symbiose entre l’ Alsace et la France. Je lus alors sur son visage l’expression d’une incompréhension et d’un doute. Le front en sueur, je réussis par mes paroles suppliantes à le convaincre de ma sincérité. Après quelques hésitations de sa part, angoissantes pour moi, il m’autorisa à franchir le point de contrôle. Cette discussion prolongée fut remarquée par ceux qui m’avaient précédés et qui s’étaient regroupés. L’un d’eux vint à ma rencontre et m’interpella pour connaître le motif de ma longue conversation. Me parlant en dialecte, il me questionna sur certains aspects de la ville de Mulhouse. Il me demanda de lui citer le nom et l’emplacement du monument le plus connu de cette ville, notamment le « Schweissdissi ». Mon interlocuteur me fit comprendre que beaucoup d’allemands rapatriés se faisaient passer pour des Alsaciens, notamment les habitants de la région frontalière du Rhin (Bad- Würtemberg). Ce contrôle permettait de les identifier et de les remettre aux mains des russes. Me concernant, j’étais sauvé. J’avais frôlé une catastrophe qui m’aurait certainement été fatale. Notre périple continua à travers la Hollande, Maastrich, Liège, Namur, Jemand et arrêt à Valenciennes pour ravitaillement. Le passage de la frontière française fut pour nous une délivrance. Des larmes coulaient et libérèrent en nous ce sentiment d’être à nouveau français et libres, heureux d’avoir échappé à la mort. Nous étions rayonnant, nous embrasant dans un délire de bonheur et d’espoir. C’est le juin 1945 que notre train entra en gare à Paris-Nord. Les quais étaient pleins de monde nous avions reçu un acceuil chaleureux, de la musique, des drapeaux et bien sûr un service repas mirobolant et copieux. Après un repos de vingt-quatre heures, le train repartit sur Strasbourg. A l’arrivée, une réception grandiose dans la capitale de l’Alsace retrouvée nous accueillit. J’avais hâte de rentrer chez moi, dans mon village et retrouver ma famille. Pourvoir enfin serrer dans mes bras celle qui, durant toute ma mobilisation, était mon bien affectif et spirituel d’une dure épreuve de survie réciproque. Ce fut donc le 13 Juin 1945, du premier train du matin que je descendis sur mon sol natal, les larmes aux yeux. J’accélérais mes pas pour retrouver ma petite demeure de rêve. Après avoir embrassé et salué ma mère, ma marraine, et ma cousine, j’eus la grande surprise et la joie de pouvoir revoir et embrasser ma chère fiancée. Mon parrain l’avait en toute hâte emmenée en bicyclette. En me voyant celle-ci resta un moment clouée sur place, ne pouvant croire au miracle de me revoir sain et sauf. Ce fut un moment poignant où le rêve devint réalité et le bonheur au comble. J’étais très heureux de saluer et d’embrasser également mes beaux-parents, et de les retrouver en parfaite santé. A ma future femme, j’ai dit avec véhémence, que je ne pourrais pas décrire les horreurs que j’ ai vues dans le comportement des troupes de choc envers les femmes. Avec insistance, je lui suggérai, si un jour un tel cas devait se présenter, de fuir à toute jambes, de se relever en cas de chute, et de courir encore et encore jusqu’à épuisement. J’ai également évoqué le manque d’expression linguistique entre les peuples et le danger mortel que cela impliquait dans certaines circonstances (discussion avec le Mongol en arme). Une langue universelle, sans identité nationale, sans difficulté grammaticale, dotée de simples expressions, permettant sans mettre en danger la culture propre, et de trouver des solutions pacifiques serait un outil précieux, au conflit entre nations. J’ai pensé tout simplement à « l ‘ Esperanto », qui serait un moyen de communication facile et utile, mais combien de dirigeants de certains pays préfèrent que leur population reste dans une certaine ignorance face aux aléas des pays démocratiques.

CONCLUSION

En conclusion de cette rétrospéctive concernant mon incorporation de force au RAD et à la Wehrmacht, je peux affirmer que bien longtemps, durant quelques années même, j’ai cherché à oublier ces souvenirs si marquants. J’ai délaissé, presque ignoré, l’existence de mon « petit carnet de jour » qui fut mon fidèle compagnon à travers ce triste et pénible engagement dans l’armée allemande. Par contre il m’arrivait de me rappeler et d’évoquer avec un sentiment étrange, empreint de passion, les cinq évènements où j’ai frôlé de près la mort, et que je considère aujourd’hui comme des miracles du destin. Il s’agissait en l’occurrence :

1°) de la menace de mort, pistolet braqué sur ma poitrine par mon officier pour « abandon de poste », suite à l’attaque russe.

2°) de ma blessure par éclat d’obus. Suspicion de désertion.

3°) du piétinement par la débandade des chevaux massacrés à la rivière la « Spree ».

4°) du fusil chargé et braqué sur moi par un officier de passage, suite à un refus d’obtempérer à l’ordre de quiter la tranchée pour passer à l’attaque contre les russes.

5°) de l’ altercation avec un soldat russe (Mongol), ivre, suite à un échange verbal défini par des gestes exprimés par des mouvements de tête (affirmatif ou négatif).

Concernant mon engagement en tant que combattant, je fus utilisé d’abord à Memel, individuellement et en poste espacé dans les tranchées et rarement en contact avec mes voisins. Il n’y avait jamais de regroupement, isolé et assez dispersé, dans la tranchée. La relève se faisant au fur et à mesure des blessés et des morts, seule issue possible. Nous étions les uns pour les autres des inconnus, souvent des éléments récupérés parmis les unités repliées de Lituanie. Dans les combats, à la périphérie de Berlin, il s’agissait d’un ensemble hétéroclite de militaires et de civils essentiellement réfugiés dans les tranchées. Les mouvements de ces personnes, armées et non armées, manquaient de commandement et d’organisation et laissaient prévoir des sacrifices considérables. Notre vision réstreinte du champ de bataille ne nous a pas permis d’évaluer, même approximativement la puissance des forces engagées, l’importance du matériel utilisé, et le nombre de victimes et de morts. Ce n’est que par des documents publiés dans « Paris Match » (n° 2784 du 3 octobre 2002) que j’ ai pu apprendre que la bataille de Berlin, la plus grande et sanglante de la Guerre 39-45, a fait 250 000 morts, militaires et civils. L’attaque avait démarrée par un torrent de feu déversé par le crachat d’obus de tous calibres provenant d’environs 300 canons par kilomètre, c’est à dire une pièce tous les 3 ou 4 mètres. On eut dit que « les cieux s’effondrent sur la Terre ». Ce document public a le mérite de décrire et de nous faire ressentir la terreur qui s’est acharnée sur les hommes, femmes et enfants, sous l’attaque simultanée, par terre et par air.

Je voudrais également rappelé le sens profond des paroles exprimées par les réscapés de la Guerre 1914-1918 « aux Invalides », « plus jamais cela ! ». Mais la leçon a-t-elle été retenue ?                                             

LA BARQUE DANS LE VIEUX RHIN  Claude Vigée, dans le Creuset du vent http://www.sdv.fr/judaisme/perso/vigee/

Es wààrt schun làng e schwàrzes schiffel im Ried : es schlooft im schilf an de roschtiche kett. Fer wenne denn ? fer wenne denn ? Fàhrt's endii helluf sunnewàrts, odder rutscht's ball runter bis en de blinde sumpf? Wer weiss es denn ? wer weiss es denn ?

Depuis longtemps, longtemps, la barque noire attend amarrée immobile au cœur du Ried brumeux. Entre les joncs elle somnole au bout de sa chaîne rouillée. Mais qui donc attend-elle, sur la rive déserte ? Va-t-elle bientôt fuser, faucon, vers le soleil, ou sombrer dans la boue jusqu'au fond du marais - qui le saura jamais ? qui le saura jamais ?

musique W.HOUSTON

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